Il y a 15 ans, le grappling no-gi était considéré comme la version “bâtarde” du BJJ — moins technique que le gi, moins légitime aux yeux des traditionalistes. Aujourd’hui, c’est le segment du grappling qui croît le plus vite, attire les plus grands sportifs de combat, et génère les compétitions les plus regardées de l’univers du sol.
Qu’est-ce que le grappling no-gi ?
Le grappling no-gi désigne le combat au sol pratiqué sans kimono (gi). Les prises sur le tissu sont remplacées par des prises sur le corps (under-hooks, over-hooks, body lock, neck ties). Les soumissions visent articulations et veines jugulaires.
Sans le gi, le combat est plus dynamique et rapide. Les positions se perdent et se reprennent plus vite. La condition physique devient plus déterminante. Et certaines soumissions propres au gi (étranglements avec le tissu) disparaissent au profit d’autres.
L’ascension de Gordon Ryan
Gordon Ryan est l’argument principal de ceux qui défendent le no-gi comme le sommet technique du grappling. Américain, élève de John Danaher, il a dominé toutes les catégories de poids en no-gi avec une régularité terrifiante depuis 2016.
Son game est basé sur les leg locks (verrous de jambe) et un système de position élaboré développé par son équipe (le Danaher Death Squad). Il a soumis les meilleurs grapplers du monde et continue à repousser les frontières techniques de la discipline.
La révolution des leg locks
Le grand changement technique du no-gi des 10 dernières années est la légitimation des leg locks comme outil principal et non comme dernier recours. Des techniques comme le heel hook (clé de talon), le knee bar (barre de genou) et le calf slicer (coupe-jarret) sont désormais considérées comme centrales dans le système technique d’un grappeur de haut niveau.
Cette évolution a changé la dynamique des combats au sol : là où le BJJ classique cherchait à passer la garde pour atteindre le mount ou le back, le no-gi moderne cherche aussi à entrer dans les “leg entanglement positions” qui exposent les articulations des jambes.
Les organisations et compétitions
ADCC (Abu Dhabi Combat Club) : le championnat du monde de grappling no-gi, organisé tous les deux ans. C’est l’événement le plus prestigieux du calendrier, avec les meilleurs wrestlers, judokas et BJJers de la planète.
Who’s Number One (WNO) : organisation américaine qui produit des super-fights entre les tops mondiaux, avec une production vidéo professionnelle.
EBI (Eddie Bravo Invitational) : format compétition avec overtime en soumission, lancé par Eddie Bravo, qui a popularisé le rubber guard et le berimbolo no-gi.
Pourquoi pratiquer le no-gi ?
Pour les pratiquants de MMA, le no-gi est indispensable — personne ne combat en kimono en cage. Pour ceux qui viennent du BJJ gi, le no-gi développe des attributs complémentaires : vitesse, condition physique, grip fighting au corps. Pour les débutants, le no-gi est souvent plus accessible — pas besoin d’investir dans un gi dès le premier cours.
La croissance du no-gi est une tendance de fond. Dans 10 ans, il est probable que la frontière entre no-gi, wrestling et MMA au sol soit encore plus floue.